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Le cimetière militaire américain
de Saint-Avold


La nécropole militaire américaine de Saint-Avold est la plus grande d’Europe.
Visite guidée de ce lieu de mémoire et de recueillement.


Les troupes alliées débarquent en Normandie et en Provence pour libérer la France de l’occupant nazi en juin et août 1944. La 3ème Armée U.S., en provenance de l’ouest du pays, fonce vers la Lorraine et en chasse les Allemands en novembre 1944. Saint-Avold est délivrée le 27 novembre par la 80ème division d’infanterie américaine commandée par le général Mc Bride. Quant à la 7ème armée, elle débarque en Provence en août 1944, remonte la vallée du Rhône, combat dans l’est de la France et outre-Rhin où elle subit de lourdes pertes.


La fondation d’une première nécropole


Une première nécropole est créée à Saint-Avold le 16 mars 1945. Les Américains portent leur choix sur cette ville en raison de la position privilégiée de la commune au sein d’un réseau de communication important et de la proximité des lieux de combats. De plus, Saint-Avold dispose d’une réserve foncière exceptionnelle qui permettra à l’armée de bâtir ce qui deviendra le plus grand cimetière militaire américain de la Seconde Guerre mondiale en Europe. L’Etat français fait don aux Etats-Unis d’un ancien terrain de manoeuvres, d’une surface de 46 hectares, appartenant au 18ème régiment de Chasseurs.

Un journaliste du “Messin” décrit ainsi le premier cimetière lors du Mémorial Day de 1946 : “il s’agit d’un cimetière vaste, simple et clair. Aucun monument majeur ne domine. Les croix, petites et blanches, renforcent l’émotion particulière qui imprègne l’endroit. A l’entrée de la nécropole, un bureau d’accueil ainsi qu’une chapelle agrémentent le lieu. A l’autre bout se trouvent trois mâts portant les couleurs américaines. Au pied de chacune des tombes est planté un petit drapeau américain”. Le cimetière rassemble alors près de 16 000 tombes. Les dépouilles proviennent des cimetières provisoires régionaux de Limey, Andilly et Hochfelden. S’y ajoutent aussi des corps de soldats rapatriés d’Allemagne. Le 15 février 1948, la nécropole est fermée au grand public en raison de la construction du cimetière actuel.


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Inauguration de la chapelle provisoire en 1947



La nouvelle nécropole


Le cimetière actuel, d’une superficie de 46 hectares, est situé à la sortie nord de la ville et il est desservi par l’autoroute Paris-Francfort-Strasbourg. Les travaux ont débuté en mars 1947 par le nivellement du terrain. 160 000 mètres cubes de terre sont déplacés. Le transfert des corps débute en 1948. Les premiers G.I.’s enterrés sont d’abord un catholique, un protestant, un juif ainsi qu’un soldat inconnu, symboles de la diversité des origines.

10 489 soldats reposent dans le cimetière dont 151 soldats inconnus et 11 femmes. 202 tombes sont surmontées d’une étoile de David et 4 sont décorées de la médaille d’honneur américaine.

Le cimetière, conçu par le cabinet Murphy et Locraft de Washington, est inauguré dans un premier temps le 18 mai 1950, jour du Mémorial Day. L’inauguration officielle a lieu le 19 juillet 1960. Elle fait partie d’un ensemble inaugural des cimetières américains en France et dans le monde qui s’est déroulé selon le calendrier suivant : Luxembourg : le 4 juillet; Margraten (Pays-Bas) : le 7 juillet; Henri Chapelle (Belgique) : le 9 juillet; Neuville en Condroz (Belgique) : le 11 juillet; Brest : le 16 juillet; Saint-Avold : le 19 juillet; Carthage (Tunisie) : le 21 juillet et Florence (Italie) : le 25 juillet.



Visite guidée


Face au mur “La Fayette”, gravé des blasons des 3ème et 7ème armées américaines, surmonté des drapeaux aux couleurs américaines et françaises, s’ouvre une grille en bronze donnant accès au domaine dont la majesté surprend. Un chemin, dans la verdure, mène au parking principal à hauteur de la maison d’accueil. Plus loin, on atteint l’immense esplanade quadrillée de taillis soignés prolongés de part et d’autre par le mur des disparus. Construit en pierre de Massangis (Côte d’Or), il dévoile les noms des 444 soldats et aviateurs dont les corps n’ont pas pu être retrouvés.

Au centre, monte telle une complainte adressée au ciel, une imposante tour, parallélépipède de 20,4 mètres de haut, en pierre d’Euville (Meuse) : la chapelle mémorial. Elle est ajourée sur sa face nord de vitraux de la manufacture de Saint-Gobain. La partie aveugle, côté ouest, porte l’emblème des Etats-Unis ainsi que trois anges étoilés, œuvres du sculpteur Walter Kirkland Hancock. La façade regarde l’est, théâtre des opérations militaires et la lourde porte d’entrée, en bronze, renforce la prestance du bâtiment. Une gigantesque statue de Saint Nabor, martyrisé pour sa foi, accentue le mystère de ce monument imposant. Tourné vers la Jérusalem céleste, symbolisant le repos éternel, le saint, aux mains fortes et ouvertes, accueille tous ses enfants morts pour la Liberté.



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La chapelle

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Les sculptures derrière l'autel

À l’intérieur, la sobriété de l’endroit et la pureté des matériaux pérennisent cette sensation de recueillement qui nous accompagne depuis notre entrée dans la nécropole. Au fond, un autel, taillé dans un marbre vert, porte deux candélabres entourant une croix. Le mur est habillé d’une allégorie biblique et mythologique : le Guerrier Vaillant symbolise le combat pour la Liberté. Il est entouré à sa droite par :
• le roi David tenant dans ses mains un livre ouvert sur lequel il est écrit en hébreu ; “Il vous couvrira de ses ailes et en son sein vous trouverez refuge “;
• l’empereur Constantin, trait d’union entre l’Orient et l’Occident; ses mains tiennent un globe surmonté d’une croix ainsi qu’une épée. Constantin est le père du christianisme en tant que religion officielle de l’Empire romain;
Et à sa gauche par :
• le roi Arthur qui évoque le mythe chevaleresque de la quête du saint Graal;
• enfin, Georges Washington, père fondateur et président des Etats-Unis de 1789 à 1797.
Cette scène exprime à travers ses personnages valeureux et nobles, la quête de la Liberté.

Les autres murs sont couverts de cartes en fine porcelaine émaillée représentant le débarquement, les batailles de la libération de l’Europe et celles liées au prolongement de ce conflit dans le Pacifique. Elles ont été conçues par Pierre Bourdelle d’Oyster Bay et Georgette Pierre. Au-dessus, de part et d’autre des cartes, sont suspendus les drapeaux des trois armées : Air, Terre, Mer. Le sol est en pierre de Buxy décorée de dalles de marbre vert. Pour le soubassement de la chapelle, on a utilisé de la pierre de calcaire des carrières de la région de Châlons. Les murs sont en calcaire coquillier de l’Ardèche.

À la sortie de la chapelle, un immense parvis dévale sur un océan de stèles. 10 489 tombes sont parfaitement alignées sur une pelouse impeccablement entretenue. Chacune d’entre elles porte une croix ou une étoile de David taillée dans le marbre des carrières de Lasa (dans le Haut-Trentin italien). Elles sont réparties en neuf sections classées de A à K. Chaque stèle porte le nom du soldat, son régiment, son lieu d’origine et sa date de décès.

En cheminant au milieu des sépultures, gardées par de magnifiques hêtres pourpres, tels de grands anges veillant sur les lieux, nous nous approchons de l’extrémité du cimetière où se dresse le belvédère en pierre d’Euville (Meuse), orné en son centre d’un aigle impressionnant. Emblème des Etats-Unis d’Amérique depuis le 20 juin 1782, il symbolise les valeurs fondatrices de ce peuple. On accède à l’esplanade du belvédère par un large escalier qui traverse une végétation touffue. Une plaque de bronze informe que le terrain appartenait à l’armée française, au 18ème régiment des Chasseurs à cheval. Du haut de cet amphithéâtre, un point de vue magnifique s’offre à nous et l’on ne peut être que très impressionné surtout quand résonne le carillon auquel répondent les cloches de l’abbatiale. Ce carillon, financé par l’Association des Vétérans de Guerre Américains, a été inauguré le 30 mai 2004, jour du Mémorial Day.


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Le belvédère



Un lieu de mémoire et de manifestations patriotiques



Après guerre, de très nombreuses familles américaines se sont rendues à Saint-Avold pour se recueillir sur la tombe d’un enfant, d’un frère ou d’un ami. À noter le voyage organisé par l’Association des Mères américaines en 1951 et le projet avorté de construction d’un aérodrome répondant au souci d’accessibilité du cimetière. En 1995, il y a eu près de 200 000 visiteurs. Depuis, ce chiffre baisse régulièrement jusqu’à atteindre 42 000 visiteurs en 2002.

La nécropole reste le sanctuaire de la mémoire américaine dans les grands moments qui jalonnent son histoire. D’imposantes cérémonies s’y déroulent régulièrement à commencer par le Mémorial Day célébré tous les ans depuis 1946. Le Bicentenaire de la révolution américaine y a été commémoré le 4 juillet 1976 et, à l’occasion du Bicentenaire de la révolution française, en 1989, un séquoia dit “Arbre de la Liberté”, offert par les autorités américaines, a été planté à l’entrée du cimetière. Récemment, le 60ème anniversaire de la Libération de Saint-Avold a été l’occasion d’un ensemble impressionnant de manifestations.


Le cimetière militaire américain de Saint-Avold est ouvert tous les jours de 9 heures à 17 heures.

American friends, for any other piece of information
please write directly at this address :
lorraine@abmc.gov


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Extraits de la brochure réalisée par la Ville de Saint-Avold
- Service des Archives –
Photographies : Service des Archives et Bernard Becker