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La cité Jeanne d'Arc

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Construction de la Cité en 1928



1. La création


La création "ex nihilo" de la cité Jeanne d'Arc est étroitement liée à l'exploitation charbonnière au nord de Saint-Avold.

La société des mines allemande "Saar und Mosel" exploite le puits de Sainte-Fontaine foré en 1909. Mais la situation de ses puits, en pleine forêt, loin de toute habitation, ne permet pas le recrutement de la main d'œuvre nécessaire à cette exploitation. La main d'œuvre préfère travailler dans les mines de Merlebach et de Creutzwald. L'objectif des autorités est donc d'attirer une nouvelle main d'œuvre en lui offrant une possibilité de logements. Cette politique est appliquée à Sainte-Fontaine dès 1921, avec la création d'une cité par la société houillère "Sarre et Moselle" née en 1919 de la fusion de sociétés allemandes.


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Les relations personnelles entre le directeur de la société "Sarre et Moselle", Monsieur de Chavanne et le maire Théodore Paqué (1918-1937) sont des plus cordiales. Elles conduisent à un accord par lequel la Ville cède à la Compagnie une cinquantaine d'hectares de la forêt domaniale de Saint-Avold pour y construire une cité.

Les travaux de déboisement et de construction de la nouvelle "colonie" débutent fin 1926. Très vite les documents d'archives parlent de la colonie de "Jeanne d'Arc". Ce nom, choisi certainement par les dirigeants de "Sarre et Moselle", évoque le culte de Jeanne d'Arc, très populaire dans l'entre-deux-guerres et canonisée le 9 mai 1920. Le 18 juillet 1932, le Conseil municipal se plie à la tradition en donnant cette dénomination officielle à la cité.

Le Conseil municipal de Saint-Avold, conscient du rôle et de l'enjeu politique et économique de ce nouveau quartier éloigné de 7 km du centre ville, pressent l'important attrait économique que cette nouvelle cité pourrait exercer sur l'ensemble du monde commerçant de la région. Il envisage la construction d'une route reliant la cité au centre-ville. Pour des raisons de coût, ce projet ne verra le jour que dans l'après-guerre. Dans un premier temps, un service régulier d'autobus exploité par la "Société Auxiliaire d'Alsace et de Lorraine", relie la cité au centre ville par Carling et l'Hôpital dès le 26 novembre 1928. L'éloignement de ce quartier du centre ville entraîne la création sur place de services dits de proximité. La ville crée une mairie annexe avec un conseiller M. Adolphe Proehl chargé de l'Etat civil dès 1929 ; en 1930 on y construit un service postal pour faire face à la demande d'une population jeune de plus en plus nombreuse.

Ci-contre : le chevalement de Sainte-Fontaine



Dès juin 1928, 400 personnes sont logées dans la nouvelle cité, ce nombre augmente de 2 000 personnes en 1929. Ce développement rapide de la cité modifie la démographie naborienne en profondeur. Au recensement de 1926, la population naborienne est de 5 412 habitants. Elle passe à 8 264 en 1931. Les nouveaux arrivants sont surtout d'origine polonaise et transitent par la Westphalie pour travailler dans les mines de charbon lorraines. En 1931, sur les 1 205 Polonais de Saint-Avold, 1 032 résident à Jeanne d'Arc, les autres sont au quartier Hamon, "la caserne des Polonais". La situation économique se dégrade rapidement suite à la crise de 1929 et la Société "Sarre et Moselle" ajourne de trois ans la construction de la dernière tranche de logements de la cité. Cette société joue un rôle moteur essentiel dans le développement de la cité. Elle la dote d'un groupe scolaire inauguré le 16 octobre 1928. Cette école abrite dix classes et comprend aussi des logements pour le personnel enseignant; elle est considérée lors de son inauguration comme une des écoles les plus modernes du département. La Société "Sarre et Moselle" installe également un magasin d'alimentation et un café.

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L'école inaugurée le 16 octobre 1928


2. Les Pères Capucins administrateurs
de la Colonie Jeanne d'Arc


Au niveau de l'encadrement, l'absence de liaison directe et l'éloignement du centre ville (7 km), entraînent une gestion autonome de ce quartier par les Pères Capucins de la Province d'Alsace qui administrent aussi Sainte Fontaine. Ceux-ci, au nombre de trois, s'installent après accord de l'évêché à la colonie Jeanne d'Arc, considérée comme vicariat résidentiel, dès le 14 mai 1928, alors qu'il n'y a ni presbytère ni église. La société "Sarre et Moselle" érige une église provisoire dans la salle d'oeuvre qui est bénie le 25 novembre 1928.

Un cimetière est construit dès la fin 1929, ainsi qu'un presbytère en 1930-1932, appelé pompeusement "le couvent des Capucins". Des offices en allemand, polonais et slovène, tiennent compte des spécificités linguistiques de la population ouvrière.

Les Pères Capucins très engagés dans la pastorale en milieu ouvrier, marqueront durablement de leur empreinte la vie de la cité et du monde ouvrier de toute la région par un encadrement efficace. Durant la crise économique de 1929-1933, avec l'aide de "Sarre et Moselle", ils organisent des soupes populaires au profit des nécessiteux dans leur "couvent".

Ci-contre : Francois Brzustowski et Jean Skica, prêtres natifs de Jeanne d'Arc

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La rue de France avant-guerre



3. La guerre et le rétablissement de la légalité républicaine


Si jusqu'à la guerre les populations de la ville et celles de la cité vivent isolées, sans relations réciproques, l'évacuation générale ordonnée par le gouvernement n'en fut que plus salutaire pour les souder et leur donner conscience de leur destin commun. Elles partagent privations et tribulations tant sur les routes de l'exil que dans les communes d'accueil au Poitou, dans le bassin minier de la Loire ou dans celui du Nord-Pas-de-Calais.

Par arrêté de l'administration civile allemande du 25 mars 1941, approuvé par la loi du 10 février 1943 et sans aucune concertation préalable des populations intéressées, le territoire de la Ville est amputé de toute sa partie Nord comprenant la centrale Paul Weiss, la cokerie et les autres installations du puits VI, le puits de Sainte Fontaine et toute la cité Jeanne d'Arc germanisée en Waldheim. Sa gestion en est confiée au Stadtkommissar de Spittel (L'Hôpital).

Georges Dangler, juge du Livre foncier, grâce à son art de la tergiversation manifeste à l'égard des représentants de l'occupant, évite la transcription de propriété de toute la zone spoliée. Après la Libération de novembre 1944 et l'annulation de tous les actes émanant de l'autorité allemande, la cité retourne dans le giron de la commune-mère, malgré l'opposition de L'Hôpital. Le 7 juillet 1946, les 494 électeurs inscrits à la cité Jeanne d'Arc représentés au Conseil municipal de Saint-Avold par Pierre Lux, adjoint, et Joseph Kieffer, désignent une commission municipale qui à l'unanimité redemande l'intégration de la cité dans le giron de Saint-Avold. Le différend tourne à l'avantage de Saint-Avold en 1948-1949.


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La chapelle Jeanne d'Arc



4. Un quartier de Saint-Avold en pleine mutation qui a réussi son intégration


Dès les problèmes de limites territoriales réglés, le Conseil municipal, présidé par Barthélemy Crusem, rouvre le dossier de la liaison directe, élément indispensable pour matérialiser dans les faits la sollicitude et l'attachement de la Ville à sa cité. C'est le maire Jean Robert qui mène à bien cette tâche. La nouvelle voie de liaison à travers la forêt domaniale du Zang est inaugurée en septembre 1953.

Véritable épine dorsale de l'industrialisation, elle favorise le développement du secteur Nord de la ville avec les zones industrielles aux confins du Gros Hêtre et du Hollerloch dans les années 1970-1980.

Le développement des houillères dans l'après-guerre, ainsi que la pétrochimie favorisent la création d'une nouvelle cité, Arcadia, en 1949-1954 avec ses cinquante nouveaux logements.

La population du quartier Jeanne d'Arc travaille très majoritairement dans les mines de charbon. Elle paie ainsi un lourd tribut au développement charbonnier. La catastrophe minière de Sainte-Fontaine, le 29 mai 1959, présente dans tous les esprits, fait vingt six victimes dont sept originaires de Jeanne d'Arc. Cette symbiose avec les houillères favorise la construction d'infrastructures neuves. Une nouvelle école maternelle est construite en1951-1952, une morgue en1955, une chapelle protestante en 1954-1955 et une salle des fêtes, le foyer culturel Pie XII inauguré en 1958.

Les années 1960-1970 voient des changements notables dans l'organisation de la cité. Le désengagement des H.B.L. a pour corollaire une municipalisation progressive des équipements collectifs et des réseaux d'eau et d'assainissement.

Le Conseil municipal, présidé par le maire Denis Klein érige en 1964 la cité Jeanne d'Arc en section de vote habilitant les électeurs de ce quartier à choisir dorénavant ses propres conseillers municipaux au nombre de cinq. Ce sectionnement électoral, fortement contesté dans les années 1980, prévaut toujours. La cité a connu depuis lors des transformations notoires. Son réseau d'eau et d'assainissement a été renouvelé, une nouvelle mairie annexe avec la poste est aménagée dans l'ancien "couvent des Capucins" en 1977-1978 et une nouvelle salle polyvalente est construite en 1983. La fermeture du puits de Sainte-Fontaine en 1985 sonne le glas de l'exploitation charbonnière et marque un tournant décisif pour la cité.

Les années 60 voient aussi des changements dans le domaine religieux. En 1965, la cité Jeanne d'Arc est rattachée à l'archiprêtré du Merle. Le dernier Père Capucin quitte la cité en septembre 1975, remplacé par un prêtre résident; puis, après le départ de ce dernier, la cité est administrée par les soins du curé de Freyming. Ce n'est qu'en octobre 2000, dans le cadre du redécoupage paroissial, que la cité rejoindra à nouveau l'archiprêtré de Saint -Nabor nouvellement constitué.

Le quartier Jeanne d'Arc, pleinement intégré à Saint-Avold, a connu une profonde mutation ces vingt dernières années. Avec l'après-mine, il s'est considérablement transformé grâce aux efforts consentis par la Municipalité. C'est un quartier qui a gardé toutes ses spécificités; il y fait bon vivre.






Extraits de la brochure réalisée par la Ville de Saint-Avold
- Service des Archives –
et le Comité Inter Association de la Cité Jeanne d'Arc :
"Jeanne d'Arc, fille aînée de Saint-Avold fête ses soixante quinze ans"

Conception, mise en page et photos couleurs : Bernard Becker